Après tout juste une année depuis que nous avons foulé le sol de Nouvelle-Zélande, il est temps de dresser un petit bilan de notre aventure dans le monde du travail version kiwie. S’il nous a tous les deux fallu un bon temps d’adaptation pour pouvoir comprendre de quel bois se chauffent nos amis les Néo-Zélandais, nous tirons beaucoup d’enseignements positifs qui bouleverseront à jamais notre vision du travail.
Lorsqu’on commence un nouveau travail, la même question revient encore et toujours : à quelle sauce vont-ils me croquer ? Et que dire quand ce nouveau travail se trouve à plus de 12.000 kilomètres de son pays natal ! Pas de panique, la culture néo-zélandaise reste relativement proche de nos standards occidentaux, et les risques d’incompréhension profonde y sont bien moins élevés que dans d’autres pays plus exotiques… Néanmoins, impossible de ne pas parler de « choc culturel » !

Des horaires à la cool
La première grande surprise a lieu à la fin de la première journée de travail. Les bureaux commencent à se vider gentiment aux alentours de 16h30 et il faut bien avouer qu’on se sent bien seul à 17h : plus un chat ! Après 17h, d’ailleurs, on sortira par la petite porte dédiée aux after hours.
Et Céline peut même témoigner qu’en veille de long week-end, les employés se font la malle aux alentours de 15h dans la plus grande sérénité.
L’équilibre vie professionnelle-vie privée est dans toutes les têtes, et personne n’oserait le remettre en question ! Pour être tout à fait honnête, on s’adapte assez vite à ces nouveaux horaires !
Takutai square, le repère de Céline dans le centre d’Auckland
Au bureau, pas de microbes !
Pas gâtés avec seulement 4 semaines de vacances par an, on se rattrape avec les congés maladie. Au moindre petit rhume, c’est la compassion qui pointe le bout de son nez !
You should go home…
Une petite voix qui déraille un peu ? C’est la même rengaine : direction la maison pour une bonne journée de repos !
Et ma pause midi ?!
Ah, la pause midi ! On l’aime longue, goutue et conviviale, n’est-ce pas ! Et bien chez nos amis les kiwis, le concept a été quelque peu tronqué ! Longue de seulement quelques minutes, on la passe généralement seul ou avec son journal. Et au menu, c’est simple et frugal : les plus raffinés se fendront d’une petite salade tandis que les plus rustres se contenteront d’une tartine de Vegemite accompagnée de beurre de cacahuète, un vrai régal ! La vitesse d’ingurgitation est elle assez phénoménale : l’affaire est pliée en quelques brèves minutes, parfois le nez toujours devant son écran.
Céline aura tout de même le plaisir de sortir le midi avec ses collègues pour manger de la soupe.

Ambiance relax… mais studieuse !
Le stress semble en effet loin des têtes. Les collègues sont détendus et décontractés. Lorsqu’ils demandent un service, ils calment le jeu d’emblée: « It’s not urgent, don’t worry!« , le tout avec un grand sourire bienveillant. En tout cas, ici on se prend pas la tête, on se croirait chez les bisounours : tout le monde s’entend bien avec tout le monde, et les petites guerres de pouvoir ne semblent pas avoir traversé le Pacifique jusqu’en Nouvelle-Zélande ! Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser les enfants de nos collègues qui déambulent dans la boite ! On croise également des collègues qui déambulent dans les bureaux en chaussettes, dans le plus grand des calmes. On peut même parfois entendre nos collègues pousser la chansonnette derrière leur PC, parfois récoltant les louanges de leur pairs « She’s go a beautiful voice, aye! Les collègues masculins nous appellent rapidement « mate« , « buddy« , voire »bro » pour les plus détendus tandis que les femmes pourront nous appeler « sweetie » dans un élan de bonne humeur !
Quant à la hiérarchie, elle bien plus accessible qu’en France. On parle facilement à tous ses supérieurs, et même les plus haut placés n’hésitent pas à venir voir les petites gens pour demander directement un service. Il n’est même pas rare de voir Fraser le PDG s’asseoir parmi nous pour rédiger quelques emails et tenter d’engager la conversation. Dans le travail quotidien, on se retrouve très rapidement exposés, ce qui nous a valu Gislain et moi de nous faire remarquer en se faisant d’abord surnommer the Frenchies puis en gagnant les Generation Awards (sorte d’Oscars des projets de la boite) dans la catégorie Bright Sparks !
Gislain, l’autre Frenchie en train de réaliser une nouvelle prouesse technique
Petite anecdote : lors d’un séminaire d’entreprise réunissant environ 200 personnes, Fraser, le PDG à la drôle de tête de Rugbyman sévère, nous rejoint sur Skype. Après un grand discours sur les grands enjeux du futur de l’énergie en Nouvelle-Zélande, il fait face à une séance de questions-réponses. Première question sélectionnée par le modérateur : Où as-tu passé tes dernières vacances ? Et nous retrouvons Fraser qui raconte ses péripéties à Great Barrier Island pendant quelques minutes. Il aurait, paraît-il, sauté d’une très haute falaise. « That was cool » conclut-il d’un air fier et sûr de lui.
Le rugbyman PDG Fraser raconte ses vacances
J’ai la chance de faire de sympathiques sorties pour visiter les centrales hydrauliques et géothermiques de ma boite, ce qui permet d’explorer un peu plus le pays !
En revanche, le cadre reste très studieux. Il n’est pas rare de pouvoir entendre les mouches voler et la plus grande courtoisie est de mise ! Certains parlent même d’une certaine « etiquette » (prononcé avec un accent anglais) à respecter au bureau. Quant aux réunions, elles commencent à l’horaire sharp et ne débordent jamais sur la fin. Il est donc inconcevable d’être en retard, même de quelques petites minutes.
English yes, but Kiwi English!
Nous étions tous les deux convaincus que la langue ne serait pas un problème en Nouvelle-Zélande… Et bien nous nous sommes bien trompés ! Combien de fois nous sommes nous retrouvés à acquiescer d’un air bébête alors que nous n’avions pas compris un traître mot de la conversation !?
Il faut bien avouer que ce qui rend la chose difficile, c’est le fait que les Kiwis n’adaptent absolument pas leur façon de communiquer aux étrangers; certains sont carrément incapables de ralentir leur incroyable rythme d’élocution. Il est vrai que les langues, ce n’est pas leur fort… Rares sont ceux qui maîtrisent ne serait-ce qu’une langue étrangère. Les plus dégourdis iront de leur petit « merci » – avec un accent à couper au couteau. Pas peu fiers d’étaler leur science de la langue de Molière les bougres !
Et nos amis les Kiwis ne font pas beaucoup d’efforts pour comprendre ce que l’on baragouine : il n’est pas rare de se retrouver face à un Kiwi qui nous regarde avec des grands yeux après qu’on ait essayé d’engager la conversation ! La moindre accentuation sur la mauvaise syllabe est impitoyablement sanctionnée d’un fameux « what’s that ? » (prononcé « whet’s thet ? »)
What’s that ?
Et que dire de l’accent kiwi ! Il est… comment dire… surprenant ! Les sons « a » sont transformés en « è » et les « é » en « i ». On confondra donc aisément « deck » et « dick », ou encore « sex » et « six » : attention aux quiproquos !
Et le maori dans tout ça ? Et bien tout dépend de la culture d’entreprise. En ce qui concerne mon entreprise, tous les discours commencent obligatoirement par quelques mots maoris.
Tena kotou, Tena kotou, Tena kotou katoa

Certains mots font même partie du jargon d’entreprise. Par exemple le mot « kaitiakitanga » désignant la protection de la nature est utilisé pour désigner l’un des piliers de l’entreprise. Certains éléments spirituels de la culture maorie sont aussi repris; nous avons par exemple eu droit à un défilé de bénédiction de nos nouveaux bureaux mené par un prêtre maori.
Quelle chance d’avoir de telles conditions de travail
En France, on devrait en prendre de la graine !
Moune
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