A l’occasion d’un long week-end d’été, nous entreprenons la fameuse descente de la rivière Whanganui : trois jours de Canoë d’une rare intensité et à l’écart de toute civilisation.
C’est avec un joyeux groupe d’amis que nous décidons d’entreprendre l’une des fameuses « great walks » de Nouvelle-Zélande. Et il ne s’agit pas ne n’importe laquelle puisque celle-ci s’effectue en Canoë dans une des rivières les plus paumées de l’île du Nord : Whanganui. David et Alex, venus d’Europe, et Gislain qui vit comme nous à Auckland nous accompagneront donc dans cet incroyable périple.
Un départ tout en confiance
Le réveil qui sonne à 4h, ça pique dur, mais avec l’excitation de notre grand départ tout semble nous sourire !

Nous remplissons nos bidons de mets et accessoires de toutes sortes. Dans le bidon nommé « Alex + Gaz » nous retrouverons notre petit réchaud. Dans « David + fruits » nous auront le plaisir de stocker quelques golden kiwis colorés et succulents. Deux autres bidons « bouffe », encore d’autres bidons « matelas », « tente », « bières » et j’en passe ! Au total, une bonne dizaine de gros bidons que nous ficelons fièrement et fermement à nos canoës.
L’organisation des bidons : pas une mince affaire…
Après un briefing éclair sur les techniques de pagaie, nous sommes parés pour le départ.
Does that make sense?
Jour 1 : la découverte
Les premiers coups de pagaie se font énergiques et plein d’enthousiasme. Tout le petit groupe est d’humeur blagueuse, et on ne manque pas de s’arroser lorsque l’on passe à côté les uns des autres. Les paysages sauvages défilent lentement.
Après quelques heures de pagaie, les bras ont déjà bien travaillé et nous ne sommes pas mécontents de faire une première halte pour déjeuner. Nous ouvrons donc nos bidons et sautons difficilement sur le rocher le plus proche. Soudain, une grande éclaboussure se fait entendre ! Après une glissade délicieuse, voilà Alex à l’eau. Tout le monde pousse de grands éclats de rire alors que ce pauvre Alex se débat dans la rivière pour remonter sur la rive. Un régal absolu.
Nous reprenons nos canoës et après quelques heures à ramer, l’ambiance est déjà franchement retombée. Les bras sont lourds et le constat est sans appel : nous sommes lents. La lassitude se faisant sentir, notre rythme diminue minute après minute. La descente semble interminable et le courant très faible en cette période sèche n’aide pas… David se tient la tête entre les mains. « Dans quel bourbier je me suis mis ? » semble-t-il se dire…
Alors que la nuit semble poindre, nous apercevons au loin le panneau indiquant le premier campsite.
Panneau !
nous écrions-nous tous en cœur.
Malheureusement, nous ne sommes pas au bout de nos peines, il nous faut remonter nos bidons qui semblent désormais peser une tonne, et installer nos tentes au milieu des Bivouacs principalement allemands.
Après un dîner dans la nuit noire, nous sommes enfin prêts à dormir… Sauf David qui prend un air sombre : « Les gars, j’ai pas ma carte bleue. »
Jour 2 : Au milieu de nulle part
Après une nuit sous la tente, nous voilà repartis pour une nouvelle journée riche en émotions !
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le départ se fait en douceur ! Nous sortons péniblement la tête de la tente et nous installons au ralenti sur la table pour préparer le petit déjeuner :
« -T’as mis où le pain ? »
-Vas le chercher dans les bidons !
-oh non il est dans le bidon Alex+Fruits, la flemme ! «
La journée démarre tranquillement
Alors que nous émergeons tranquillement, un incroyable spectacle se déroule sous nos yeux ébahis. Les Allemands, les Suisses, réglés comme des pendules. Tout semble millimétré, efficace, préparé, logique, implacable. Les tentes sont dépliées en un temps trois mouvements, le petit dej expédié, les bidons rangés, optimisés et ficelés sur les canoës d’une main ferme et le tout avec une facilité déconcertante. « Des machines », nous disons-nous en farfouillant maladroitement nos bidons pour y trouver le café. Et quand ils regardent en notre direction avec un petit sourire, on ressent comme un drôle de mélange de compassion et de moquerie : « Ils sont pas bien doués ces petits gaillards » semblent-ils se dire. Nous observons leurs canoës disparaître au loin, béats d’admiration.
Pour nous c’est une toute autre affaire, nous nous emmêlons les pinceaux lors du ficelage des bidons à nos canoës. « Non, pas comme ça ! » nous corrige Alex. Après plusieurs tentatives avortées, « Voilà, là on est pas mal ! » s’exclame-t-il, en contemplant le montage bringuebalant. La journée peut enfin commencer.
Dès le premier coup de pagaie, on sent que les bras sont lourds. Les lignes droites semblent déjà interminables. Nous nous retrouvons même régulièrement coincés dans ces fameux « Evie », ces surprenants courants qui remontent le fleuve. « La journée va être longue » se dit David…
Heureusement, nous naviguons nos premiers rapides ! Nous prenons autant de vitesse que possible, et évitons la chute avec brio. Nous négocions plusieurs rapides, et semblons acquérir une technique certaine au gré des courants. Comble du bonheur, nous dépassons même un couple d’Allemands tombés à la renverse lors d’un rapide. « ils font moins leurs malins » nous disons-nous joyeusement.
Soudain, contre toute attente, alors qu’ils venaient de franchir avec succès un petit rapide, Gislain et David négocient mal un virage. Leur canoë tangue dangereusement, et alors qu’ils se démènent comme de beaux diables pour stabiliser le bolide, ce dernier se retourne inexorablement. Voilà nos deux compères à l’eau sous les éclats de rires généraux. Alors que Gislain entreprend un crawl énergique pour retrouver le bateau, David reste lui accroché à une branche. Nous parvenons finalement à ramener le canoë à la rive et le vider de son eau. Ce n’est pas une mince affaire !
Pour nous remettre de nos émotions, nous pouvons ensuite profiter d’un arrêt sympathique de quelques heures pour explorer la broussaille et découvrir l’incroyable « bridge to nowhere », perdu dans la forêt néo-zélandaise.
Après quelques heures supplémentaires de dure pagaie et à la nuit tombante, nous apercevons enfin le panneau qui indique le prochain campsite.
Panneau !
Nous installons nos tentes au bord de l’eau sous un joli coucher de soleil rose.

Jour 3 : Chutes en pagaille
C’est avec les bras bien fatigués que nous parvenons péniblement à nous hisser hors de notre tente. Alors que les canoës des Suisses et Allemands glissent déjà sur le fleuve depuis un bon moment, nous prenons le départ à notre tour.
Lors de cette journée plus courte, un incroyable défi nous attend : nous allons naviguer un rapide particulièrement difficile à négocier et tellement redoutable que certains l’appellent le 50/50 (dire fifty-fifty). Les statistiques seraient claires : 50% des marins le passent sans encombre, et 50% ne lui résistent pas et finissent à l’eau.
Après quelques heures de pagaie, et plusieurs rapides négociés avec brio, nous le voyons devant nous. Un véritable tourbillon de courant semble aspirer le fleuve. En un instant, David et moi nous trouvons happés par un courant puissant. Le canoë tangue, et nous livrons nos dernières forces dans nos rames pour éviter la chute. Mais après quelques sauvetages miraculeux, nous voilà projetés par dessus bord. Après une bonne tasse, je m’accroche à un rocher, et David rejoint la rive en position de sécurité. Au loin, il me semble distinguer des rires moqueurs de Céline, Gislain et Alex. Même tarif pour Alex qui après s’être bien débattu se retrouve inexorablement à l’eau. Gislain et Céline se présentent, quant à eux, avec un flegme et une détermination sans pareils. Malgré leurs efforts, leur canoë vacille… Mais soudain, dans une dernière bravade, et par un geste d’une qualité technique digne d’un Tony Estanguet, Céline ramène le bateau chavirant en équilibre, évitant par la même occasion une chute qui semblait pourtant implacable. Rayonnants, Gislain et Céline récupèrent nos pagaies emportées par le courant et tirent nos canoës jusqu’à la rive.
Quelques heures de pagaie plus tard, nous crions un dernier « panneau !!! ». Après une bonne baignade relaxante dans l’eau chaude du fleuve, nous retrouvons définitivement la terre ferme. Une sacrée aventure !

Merci, Aloys et Céline, de nous faire partager vos découvertes et vos exploits sportifs.
Quel beau début d’été! Que de bons souvenirs à engranger!
Bien affectueusement,
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De tels souvenirs se méritent….
Le canoe n’est pas à la portée de tous. Bravo Céline !
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Le genre de truc qu’il faut pas faire avec des andouilles. Moi desfois rien que de marcher par terre quand c’est mouillé y’a des gens qui râlent alors 3 jours sur un cours d’eau bonjour les relous…
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L’avantage c’est qu’on peut balancer les relous à l’eau.
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Ou bien partir avec des petits anges emplis de sagesse et de maîtrise de soi ^^
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Sur une embarcation en binôme et dans l’optique de maintenir une trajectoire rectiligne, vaut-il mieux pagayer chacun d’un côté ou le barreur peut-il se concentrer uniquement sur la direction à sa guise?
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Pour les flemmard, nous avons pu observer la technique du coéquipier polyvalent barreur/pagayeur/esclave. Remarquablement efficace pour prendre des selfies.
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Tony Estanguet légende
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DEUTSCHLAND UBER ALLES! Französisch ist langsam
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Das französische Kanu biegt sich aber sinkt nicht, das deutsche Kanu ist starr, aber dunkel in den Tiefen
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Petite vidéo des premiers lacets sous une fine pluie
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Ô Dieu, reçoit nous sur ton eau divine
Accepte notre présence parmi la perfection de ta création
Nous révérons ta verdure et la vie dans tes cours d’eau
Puisse ces pagaies rythmer nos prières
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Oh bah dis donc, ça m’a pas l’air de tout repos votre histoire! Pensez-vous que je peux entreprendre l’aventure avec mon chien? (Il est assez aquatique)
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Tout aquatique qu’il est, votre chien risquera la noyade à chaque courant ou autre rapide. La solution du bidon me brûle les lèvres mais je ne saurais vous la suggérer…
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Non mais mon chien est un border collie donc il nage vraiment très bien, d’autant que je lui coupe les poils ras. Parfois on le compare à une langouste.
Et pour le bidon, faites attention à ce que vous dites ça pourrait vous attirer des problème
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Bonjour, merci pour votre article amusant. Est-il possible d’engager un rameur afin qu’il tracte l’équipage depuis un kayak à l’avant relié via une corde (pour plus d’intimité à l’arrière)? De préférence un asiatique, ils sont forts travailleurs et plutôt bon marché.
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Les asiatiques sont de bien beaux spécimens, de beaux bébés serions-nous même tenté de dire. Leur gabarit parle pour eux.
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Le Bridge to Nowhere (littéralement « Pont menant nulle part ») est un pont routier en béton enjambant le ruisseau Maungaparua dans le parc national de Whanganui, sur l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Aucune route n’y mène, mais le pont est une attraction touristique accessible par un trajet en bateau ou en kayak, suivi d’une randonnée de 45 minutes sur une piste forestière.
Il fut construit au milieu des années 1930 pour traverser la gorge Maungaparua, afin de rendre accessible une région que le gouvernement commençait alors à vendre à des agriculteurs « pionniers », dont la plupart étaient vétérans de la Première Guerre mondiale. Les autorités voulaient construire des routes qui utiliseraient le pont, mais la région était si isolée et si peu propice à l’agriculture que le projet fut abandonné, les fermes laissées à l’abandon, couvertes par la forêt. En 1942, il n’y restait que trois familles.
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Sacré Francis, quel puits de savoir !
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Aloys et Céline, vous m’épaterez toujours ! Quel bonheur de vous lire, on s’y croirait !
Et j’aime bien le petit clin d’oeil aux Allemands -:)
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