La Nouvelle-Zélande n’est pas épargnée par la pandémie. Alors que le pays atteignait les 100 cas et que la France était confinée depuis une semaine, le lockdown est déclaré. Nous nous retrouvons donc assignés à résidence dans notre maison à Orakei, quartier résidentiel d’Auckland. Entre télétravail et oisiveté, nous suivons avec étonnement la réaction des Kiwis face à cette situation inédite.
Un réponse progressive
La réponse de la Nouvelle-Zélande à la pandémie fut pour le moins progressive. 5 semaines avant le lockdown, alors qu’aucun cas de coronavirus n’est à déplorer, le plus grand évènement d’Auckland, la « fête des lanternes » célébrant le nouvel an chinois est annulé. 3 semaines avant le lockdown, tous les nouveaux entrants sont forcés de s’isoler chez eux. Les réfractaires sont sanctionnés d’une amende fleuve de 2.000$. Quelques jours plus tard, seulement les citoyens Néo-Zélandais ainsi que les résidents permanents sont autorisés à entrer sur le territoire.
Une semaine avant le fameux lockdown, alors que la Nouvelle-Zélande ne compte qu’une dizaine de cas mais qu’une grande partie du monde entre en confinement, les Kiwis semblent déjà se préparer à l’inévitable. En un temps trois mouvement, le télétravail est organisé dans mon entreprise : tout le monde est envoyé à la maison pour s’assurer que tous les systèmes informatiques fonctionnent à distance sans accro. Dans l’entreprise de Céline, le manque d’ordinateurs portables pousse à la réorganisation du matériel en toute urgence.
Finalement, le lundi 23 avril, Jacinda la première ministre Kiwi annonce lors d’une allocution solennelle le confinement total de l’ensemble de la population. Finie la rigolade, le pays a désormais dépassé les 100 cas.
Le confinement à Orakei
Nous nous retrouvons donc en confinement dans notre maison d’Orakei. Étrangement reglés commes des pendules, nous organisons notre journée entre travail, jeux de société, séries, ballades, footings et appels vers l’autre bout du monde. Nous avons aussi installé un filet de badminton dans le fond du jardin, ce qui nous permet de nous adonner à des parties endiablées où plongeons et autres acrobaties sont de rigueur. Nous en profitons également pour cueillir les premières feijoas et mûres du jardin et concocter de bons petits gâteaux et confitures.
Le volcan Rangitoto veille sur nous au 91 Kurahaupo Street, à Orakei
Lors de nos sorties, nous nous étonnons du nombre de personnes qui déambulent dans les petites rues résidentielles ensoleillées d’Orakei. Des familles avec leurs enfants qui courent, des couples qui flannent main dans la main, des chiens qui aboient derrière leur maître… Tout ce petit monde semble heureux, profitant de l’arrêt du pays pour se retrouver. On en vient même à se demander : mais ils étaient où tous ces gens ?
La plage de Mission Bay est étrangemement belle. L’eau est limpide, d’une clarté que l’on n’avait jamais vue auparavant. Serait-ce la diminution de la pollution ? Céline ne peut pas résister : après un footing harassant, elle se glisse dans l’onde. Une trempette et une brasse et demi plus tard, elle peut sortir de l’eau raffraichie et détendue. Elle ne se doutait certainement pas de l’embuscade qui lui avait éte tendue. A peine a-t-elle rejoint ses affaires qu’elle se fait interpeler par 3 policiers prêts à en découdre : « Excuse me Ma’am, but this is forbidden. » Céline est piégée. Elle a beau prétexter la sortie sportive, rien y fait : c’est interdit. « Please write your name and address here ». Ce sera heureusement un premier avertissement sans frais !
Les courses: Pas de pénurie générale, mais quelques produits manquent à l’appel
Faire ses courses n’est plus si simple. Il faut désormais faire une queue que l’éloignement obligatoire de deux mètres étire comme un élastique bien tendu. Nous constatons également qu’il est interdit de faire les courses en couple : seulement une personne par foyer peut entrer dans le supermarché. Sur internet, même combat, les sites sont surchargés et les disponibilités inexistantes. Nous trouvons finalement le bon filon : faire ses courses après 21h alors que la Nouvelle-Zélande somnole déjà !
À peine entré dans le supermarché, une dame asperge mes mains de désinfectant. Tout semble fonctionner comme d’habitude, bien que les rares personnes qui déambulent dans le supermarché s’évitent copieusement. Quelques produits manquent à l’appel :
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- La farine : il semble que les Kiwis se passionnent désormais pour la confection de gâteau… Où serait-ce la communauté indienne qui stockerait cet ingrédient, essentiel à la confection des délicieux naans ?
- Le pain : plus de pain de mie. On a dû faire notre pain nous mêmes (sans levure) avec nos restes de farine. Un peu dur ce pain quand même…
- Les tablettes de chocolat pour la préparation de gâteaux : Comme la farine, les Kiwis ont pris d’assaut les tablettes de chocolats.
- Le lait : surtout au début, on a dû acheter du lait en pourdre !
- Le papier toilette : comme dans beaucoup de pays, la folie du PQ n’a pas épargné la Nouvelle-Zélande. Des rayons vides, des caddies remplis de dizaines de rouleaux… Le sujet était dans toutes les bouches, quelques uns de mes collègues étaient même tout fiers d’avoir assuré leur stock pour les 6 prochains mois.
Le papier toilette manque à l’appel
Jacinda, symbole de la réaction kiwi : Ferme et relax
À elle seule, Jacinda Ardern la Première Ministre du pays représente parfaitement la réaction du pays face à l’épidémie : ferme et relax.
Ferme, mais juste ?
Ferme sur des mesures drastiques, prises extrêmement tôt. Les bars, restaurants et autres services non essentiels fermés immédiatement, des restrictions strictes sur les voyages, des frontières fermées à double tour et surtout des amendes colossales pour ceux qui ne respectent pas la loi. Le message est clair : « Stay home. Save lives. »

Dans les articles de journaux, dans les réunions entre collègues, et même depuis l’opposition, on décèle un support total et uni derrière la leader politique. Même lorsqu’elle invite les Kiwis à se dénoncer en ligne, le pays semble se ranger derrière elle sans broncher. On peut d’ailleurs aujourd’hui compter plusieurs dizaines de milliers de cas de délation dans ce petit pays de moins de 5 millions d’habitants.
Il faut dire que Jacinda a rapidement mis le peuple dans sa poche en annonçant une réduction symbolique de son salaire ainsi que celui de l’ensemble des ministres et dirigeants d’entreprises publiques de 20%. Décision saluée notamment par le leader de l’opposition, Simon Bridge, qui a également annoncé renoncer à 20% de son salaire. Et suivirent une myriade de déclarations publiques de personnalités politiques de tous bords se battant littéralement pour aussi laisser leur part du gâteau !
Quant au ton utilisé par la Première Ministre, il se veut assez alarmiste compte tenu de la relative faible gravité de la situation. Alors que le nombre de cas est retombé à 15 par jour, elle détaille lors de ses conférences de presse l’état de chacun des 3 ou 4 cas en soins intensifs dans tout le pays et insiste sur les conséquences dramatiques que pourraient engendrer un non respect des consignes. Jacinda n’hésite pas non plus à rappeler lors de chacune de ses conférences de presse les petites actions de base : « Lavez-vous les mains au savon, sèchez -les et toussez dans votre coude ! ».

En réponse, certains de mes collègues prennent le message très au sérieux et décident de ne plus sortir de chez eux, même pour une petite marche digestive !
Un peu trop relax ?
En contraste avec la gravité du ton employé lors des conférences de presse dédiée au COVID-19, Jacinda se montre plus relax dans sa communication sur les réseaux sociaux depuis chez elle. On peut la retrouver tout sourire en sweat, déambulant nonchalamment dans sa maison de Wellington sur des vidéos prises en selfie. L’idée étant de montrer qu’elle vit le confinement comme tout le monde, pas plus malheureuse que ça de se retrouver chez elle en famille !
L’attitude décontractée de Jacinda est parfaitement à l’image de la réaction de la grande majorité des Néo-Zélandais. Quand on demande à nos collègues comment ils vivent le confinement, la réaction est unanime : ils prennent leur pied ! Comment leur en vouloir ? Ils passent du temps en famille dans leurs grandes maisons, parfois même au bord de leur piscine pour les plus chanceux. De manière générale, les Kiwis sont assez casaniers, et ne renaclent jamais sur quelques jours au calme à la maison.
Au travail, les messages de l’entreprise -généralement par vidéo- se veulent pour le moins apaisants. « Be kind to yourself and to each other » clament en coeur les hauts dirigeants. Initiant systématiquement leur vidéo par une petite touche de légèreté, ils racontent comment leurs animaux de compagnie les empêchent de travailler, ou parlent du Fish & Chips qu’ils se commanderont lorsque le confinement sera terminé. Au sein de ma petite équipe de 6 personnes, nous avons même des meetings tous les matins à 10h, spécialement pour parler de la pluie et du beau temps et garder du lien social. Le message est clair : le travail est relégué au second plan !
Be kind to yourself and to each other
Mon entreprise a même décidé de nous donner des jours de congés appelés Thank You Days, pour nous remercier de notre travail pendant le confinement. Ces jours nous permettront de profiter des petites choses qui nous ont manqué, comme voir ses amis, sa famille ou aller à son café préféré, selon les mots de mon entreprise.
Certains Néo-zélandais prennent même le confinement un peu plus à la légère malgré les instructions strictes. C’est le cas du ministre de la Santé, pris en flagrant délit de je-m’en-foutisme. Alors quíl vient d’annoncer à la Nouvelle-Zélande son confinement le plus strict, le voilà qui file à la plage avec ses enfants puis sur son VTT dans une réserve naturelle ! Il donnera finalement sa démission… refusée par Jacinda !
je suis consternée par ces nouvelles VIVEMENT que vous soyez rentrés en FRANCE
BISOUS MOUNE
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On ne plaisante pas..
..Un ministre de la santé pris la main dans le sac avec son VTT sous le bras
Un peu léger ce ministrr !!!!
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